24.12.2011
Loin et longtemps
Cela fait bientôt six mois que je n'ai rien écrit sur mon blog, la raison est que j'en suis assez loin puisque j'habite maintenant à Hong Kong. De là, j'ai écrit quelques lettres à mes anciens collègues. Je vous préviens, c'est de l'humour de prof, le tout dans un langage pas toujours très soutenu, tout le monde peut ne pas apprécier. Voici la première, du mois d'octobre:
TINTIN AU CONGO
Mes poules, mes canards,
Je commence à peine à respirer depuis que je suis arrivé. Il a fallu connaître un peu la ville, j'ai beaucoup marché, puis trouver un appart, acheter des meubles, et m'occuper d'un tas de trucs à la con. Le boulot m'occupe énormément, j'ai rarement autant travaillé depuis que je suis prof. Je n'ai pas d'heures sup mais je suis prof en terminale S et j'assure les cours des spé maths. Je suis également prof principal d'une des deux TS et, comme si cela ne suffisait pas, je suis le coordonnateur de mathématiques du lycée. Aussi, vous ne serez pas étonnés d'apprendre que, dans ces conditions, je change maintenant de slip deux fois par jour. Je vous invite d'ailleurs à faire de même dès que vous m'écrivez ou dès que vous prononcez mon nom, ou encore dès que vous pensez à moi, ce qui, si mes calculs sont exacts, vous arrive tous les soirs au moment de vous coucher. Je m'occupe aussi beaucoup de mon Alexandre qui est venu avec moi ici (la maman et le petit frère sont restés à Paris) et qui est en 6ème au lycée. Lui et moi, on mène donc une belle vie de célibatoches avec son cortège de pizzas, de télé, de MacDo, de vaisselle sale et d'ordinateurs, le tout dans un appart à peine meublé mais bien climatisé, merci. Cela dit, on fait comme tout le monde ici : on bosse. Pour un français, ça peut sembler incroyable mais tous les gens font leur boulot, alors tout marche normalement, et même bien. C'est très plaisant. Par exemple, il y a toujours des taxis, les vendeurs vous répondent poliment, quand vous appelez un plombier, il vient, par exemple encore, le proviseur du lycée et son adjoint sont compétents, travailleurs et efficaces (qui a dit: "Incroyable"????)
Si vous y tenez, je peux aussi vous livrer gratuitement (et sans engagement de votre part) quelques observations de Hong Kong. La première c'est que c'est plein de chinois ici et les arabes s'appellent des Philippins (on les appelle comme ça je crois parce qu'ils s'appellent tous Philippe et qu’ils sont un peu durs d’oreille). Mais, et ce sera ma deuxième remarque, une observation pointue et quelques calculs statistiques m'ont permis de constater qu'environ un habitant sur deux est une femme, ce qui, vous en conviendrez, pondère sérieusement les inconvénients soulevés plus haut. Les gens d'ici parlent une langue compliquée mais très utile en cuisine : le cantonais. C'est une langue bizarre et assez chantante, bien plus difficile que le mandarin (celui qui arrive à pied par où vous savez), et si incompréhensible que je suis certain qu'en fait personne ne la parle, cette langue. Je suis sûr qu'ils disent tous n'importe quoi et que les autres font tous semblant d'avoir compris pour faire leur intéressant. Un autre inconvénient est qu'ils ne savent pas conduire: en effet, au moins 90% d'entre eux (et peut-être même davantage) roulent à gauche et c'est un vrai miracle qu'il n'y ait pas plus d'accidents. Enfin, comme le chinois est petit, il s'entasse aisément vers le haut et c'est donc plein de tours de 30, 40, 50 étages. Moi, je n'habite qu'au 10ème étage, ce qui est petit joueur je vous le concède, mais c'est mon coté un peu pédé. D'ailleurs, et ça n'a rien à voir, tous les immeubles portent un nom. Le notre, par exemple, s'appelle Happy village building (bon, d'accord, on s'en branle mais je trouve ça rigolo, moi, de donner un nom à chaque immeuble). Enfin, il fait toujours beau et chaud (sauf parait-il en janvier où le thermomètre peut descendre à 15!) et on passe sa vie en tongues et en T-shirt. Vala, c'est cool. Ecrivez-moi aussi et surtout, continuez à m'envoyer les lettres sur les problèmes du bahut, c'est un pur délice (éventuellement tâchez de détailler les incidents, graves si possible et racontez-moi les grèves et les bastons). Un peu comme rouler à 130 sur une autoroute vide en observant des bouchons interminables en sens inverse, c'est un plaisir dont je ne me lasse pas.
A +
votre dévoué
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15.07.2011
Distrait
Il y a quelques semaines, le site skhole.fr a publié une sonte sur les violences scolaires que j'avais fini de rédiger en octobre dernier. Elle m'avait été commandée par Fondapol, dit le "think-tank de droite", mais ils avaient finalement décidé de ne pas la publier. La voici donc. La première partie du texte se retrouve à peu près dans mon bouquin, mais pas la deuxième partie, puisqu'il s'agit de propositions, seize au total.
22:17 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.07.2011
Le ministère du théâtre
Vendredi dernier, Le Monde.fr a publié cette. tribune.
01:34 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.01.2011
Le Retour des Sciences de L'éducation
Je ne suis pas certain que l'on puisse vraiment parler de retour dans la mesure où il n'y a (malheureusement) pas eu de départ, mais disons que l'imposture des sciences de l'éducation a été si souvent mise à jour par d'innombrables témoignages qu'il fallait vraiment être ministre pour ne pas la voir. En tout cas, il me semblait qu'à part quelques esprits simples, tout le monde avait compris.
Hélas, c'était sans compter avec la violence scolaire, nouveau phénomène de l'éducation ! Car les violences à l'école sont la grande chance des sciences de l'éducation, elles constituent une véritable aubaine, une occasion unique de reprendre le pouvoir. Finis les risques de relégation des sciences de l'éducation avec la mastérisation qui détruisait les IUFM, leurs bases militaires et logistiques. On est aujourd'hui face aux violences scolaires comme on l'était face à la modernisation de l'école dans les années 70 : on sent bien qu'il faut faire quelque chose, mais personne ne sait ni quoi ni comment. Alors, on fait appel à des experts et des scientifiques qui n'ont d'expert et de scientifique que le nom. De même s'était imposé dans les années 60 et 70 un groupe d'individus se présentant comme des spécialistes. On les a donc laissé faire tout ce qu'ils voulaient sous l'excellente raison qu'ils étaient des chercheurs et qu'ils savaient ce qu'il fallait savoir. Programmes et structures, tout a été laminé. C'est ainsi que les sde avaient pris le pouvoir à l'éducation nationale. Et aujourd'hui, ils nous refont le même coup avec les violences scolaires: des "spécialistes" se présentent comme des chercheurs, des scientifiques. Et ça recommence. Le très fameux "conseil scientifique" des états-généraux d'avril 2010 vient de (tenez-vous bien ) former des formateurs de formateurs à la tenue de classe. Rien que ça, ils sont des formateurs de formateurs de formateurs à des situations qu'ils n'ont JAMAIS connues. Franchement, c'est pas trop fort? Car les brillants scientifiques et chercheurs, experts des experts dans la tenue de classe, n'ont jamais tenu une classe. Vous pouvez regarder la liste,pas un seul n'est enseignant dans le secondaire. Mais ce n'est pas très grave puisqu'ils sont experts, me direz-vous. Et vous avez raison, c'est simple comme ça les sciences de l'éducation.
Cela dit, cette situation ubuesque mettant en scène de pathétiques imposteurs et des hommes politiques aveugles errant sur la lande, n'a pas que des aspects pitoyables ou comiques. La dimension tragique est que, à écouter certains propos de nos "scientiques" inconscients et joyeux, les formations qu'ils mettent en place pourraient bien démultiplier les violences au lieu de les freiner...
23:16 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.11.2010
Cope-Juliard, le tandem hi-tech
Les personnels de l’éducation ont dû s’inquiéter il y a quelques semaines en lisant les déclarations de Jean-François Copé et Bruno Julliard (1). Non pas que ces deux personnalités annoncent des projets percutants, mais que leurs propos éveillent des soupçons quant au sérieux de leurs auteurs. Le premier propose d’établir un examen de passage en sixième, le second lui répond qu’il ne convient pas d’ajouter encore de la sélection ou de la compétition à l’école, l’autre affirme alors qu’il s’agit d’obtenir 100% de réussite. Il est difficile de faire plus court dans l’échange d’hommes politiques pour apporter la preuve de leur méconnaissance du sujet d’une part, et pour constater que la communication est l’objectif numéro un de leur réflexion d’autre part.
La mise en place d’un examen est la dernière étape de la construction d’un système, et y réfléchir sans savoir ce qu’il y a derrière n’a aucun sens. S’il y a examen, c’est qu’il y a alternative, diversification des voies. Par exemple, un lycéen passe son bac avec une mention TB, ou sans mention, ou encore il y échoue. Alors il est admis dans une grande classe préparatoire, ou bien à l’université, ou encore il doit chercher autre chose. La question fondamentale, qui ne semble pas avoir effleuré nos deux intellectuels et qui se pose pourtant immédiatement et de toute évidence, est de savoir ce que l’on fait des élèves qui échoueraient à cet examen d’entrée en sixième. Je suppose que Jean-François Copé plaisante lorsqu’il évoque le redoublement. S’il est sérieux, je lui pose alors la question de savoir ce que l’on fait des redoublants qui échouent à l’examen. Quand à Bruno Julliard qui déclare refuser d’ajouter encore à une compétition ou à une sélection qui nuiraient déjà trop à notre école, je lui conseille de s’informer pour savoir comment fonctionne notre école. Je rappelle donc à nos deux éminents penseurs qu’aujourd’hui, de la petite section de maternelle jusqu’en fin de troisième au collège, il n’existe qu’un parcours unique et obligatoire pour tous les enfants. La compétition n’y a jamais existé puisqu’il n’y a jamais eu de concours, et la sélection n’y existe plus depuis 1975, date de la loi Haby. Bruno Julliard serait donc bien inspiré d’actualiser ses connaissances de notre système éducatif. Je ne parle évidemment pas ici d’enseignement spécialisé pour les enfants déficients. Et encore, pour l’intégration dans certaines de ces filières faut-il obtenir l’accord des parents.
Il est vrai que le ministère de l’Education Nationale est devenu expert dans la réalisation d’examens obtenant très précisément les résultats espérés, et mettre en place un examen avec 100% de réussite est un challenge qu’il est tout à fait capable de relever Mais que l’on me permette alors de soulever la question de l’opportunité d’une telle démarche qui s’inscrirait dans un parcours obligatoire et non sélectif. Afin de permettre à l’un et l’autre de nos deux experts de bien comprendre ces explications, usons d’une illustration qui donnera toute la mesure de la pertinence et de la cohérence de leurs propos. Jean-François Copé propose de planter un feu de circulation sur une autoroute droite, unique et sans intersection. Bruno Julliard lui répond alors qu’il ne faut pas rajouter encore une interdiction de circuler, ce à quoi l’autre répond : « Mais je compte bien que ce feu soit toujours au vert ! ». Pas de doute, nous sommes dirigés par de fins visionnaires.
(1) Secrétaire à l’éducation du Parti Socialiste
00:52 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pieds nickeles, sacrés farceurs, hachis parmentier

