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26/02/2008

Augmenter la dose si le remède donne de mauvais résultats

Chaque semaine, on trouve dans les magazines (Nvel Obs, Point, Marianne, Express...) un papier, voire un dossier sur l'école, de la fac à la maternelle en passant par des résultats inquiétants ou la montée de la violence. Et chaque fois, on interroge les spécialistes, les experts, en général professeurs de sciences de l'éducation ou théoriciens du ministère. Mais on ne les interroge pas comme ce qu'ils sont, c'est-à-dire les vrais coupables, mais comme des justiciers. On ne leur demande pas: "Pourquoi, quand, comment et avec qui avez-vous fait ça ?", mais plutôt : "Que proposez-vous pour continuer aujurd'hui ?". Leur réponse est toujours la même : "Aller plus loin en augmentant la dose de réussite programmée et obligatoire, en donnant davantage la parole aux élèves, en allégeant les programmes, en exigeant moins de l'élève, en le poussant à exprimer plus fort sa nature innée". Leur demander les solutions, c'est comme confier la prévention anti-alcoolique aux syndicats de producteurs viticoles...

16/02/2008

Qui va prévenir le Président ?

Tout le monde a pu voir les images de Nicolas Sarkozy, jeudi, à Périgueux où il était venu soutenir Xavier Darcos. Il entre dans une salle de classe (CE2, je crois) où des élèves travaillent, enfin je ne sais pas, mais en tout cas sont assis à leur place. Au moment où le président entre, beaucoup sourient et le regardent, d'autres continuent à vaquer comme si de rien n'était et personne ne se lève. Pourtant, c'est, après lire la lettre de Guy Moquet, la deuxième chose qu'il a demandée pour l'école: que les élèves se lèvent à l'entrée d'un adulte. S'ils ne le font pas à l'entrée du président de la République, on ne voit plus très bien à quelle occasion ils seraient convaincus de le faire. Il y a bien une petite fille qui se met debout en interrogeant les autres du regard pour savoir si c'est bien ce qu'il fallait faire mais elle n'est suivie que par un ou deux, tout aussi hésitants qu'elle. Cette scène m'a amusé et elle est en fait assez parlante. C'est peut-être une bonne idée que de lire Guy Moquet ou de faire se lever les élèves, seulement voila, dans notre école ce n'est pas possible. C'est un peu comme proposer de poser des volets quand il n'y a pas de fenêtre. C'est bien cette distorsion entre la vision de l'école et sa réalité qui apparaît là. Notre ministre lui aurait-il caché l'état de l'école ? Pourtant, c'est à n'en pas douter un grand spécialiste puisqu'il y collabore depuis trente ans et avec tant de conviction qu'il a gravi tous les échelons, tellement il était apprécié de sa hiérarchie.

14/02/2008

Internet assigné en référé par un syndicat (plaisant, non?)

C'était prévisible: le SNES attaque note2be.com (site de notation des professeurs par les élèves) en référé. Le site étant maintenant d'accès facile parce que non embouteillé, on peut le consulter en détail et constater qu'en réalité il y a très, mais très très peu de professeurs notés et, de plus, notés par très peu d'élèves. Peut-être parce que l'information n'a pas encore circulé entre eux, mais peut-être aussi parce que cela ne les passionne pas autant que leurs professeurs. En tout cas, ce que je supposais dans ma précédente note est maintenant avéré: lorsque le site est resté bloqué par un excès de connexions, cela ne pouvait provenir que de professeurs inquiets ou trépignant pour consulter leurs notes et celles de leurs collègues (l'information s'était répandue comme une trainée de poudre par listings de mails, ce qui n'était évidemment pas le cas des parents).
Le SNES évoque des lynchages en place publique, ou des "jugements personnels et subjectifs" pour contrer note2be et demande au ministère de s'associer à sa plainte. De deux choses l'une: soit ce type de sites est promis au succès et l'action du SNES est symbolique, soit les chances de démarrage sont faibles, et le SNES lui donne un sérieux coup de pouce en attirant l'attention. Quant à notre cher ministre, par nature bien brave et incapable de quelle que décision que ce soit, il parviendra sans doute à imaginer une synthèse improbable du pour et du contre.

09/02/2008

L'évaluation des enseignants : naturelle...

Le site note2be.com est débordé, saturé. C'est l'un des premiers à systématiser la notation des professeurs par leurs élèves (les établissements y sont classés, répertoriés sur toute la France) et s'il a disjoncté par excès de connexions après deux semaines de mise en route, je prends le pari qu'il ne s'agit pas d'un excès de requêtes d'élèves impatients de donner des notes mais de professeurs ou de parents impatients de les consulter. Les syndicats s'indignent, s'apprêtent à porter plainte, font circuler des pétitions mais il est vraisemblable que ce soit en pure perte. La seule contre-attaque réaliste est le piratage ou le sabotage, ce qui s'est d'ailleurs peut-être produit.
Je voudrais évoquer deux idées faciles, un peu rapides, et très pratiques dans l'argumentaire contre ce phénomène. La première est celle d'une "notation hystérique" de la part des élèves. Dans l'enseignement secondaire, puisqu'il s'agit avant tout de cela, on les suppose en effet fragiles au point de se précipiter pour mettre une note épouvantable à celui qui vient de les renvoyer de cours ou de distribuer des heures de colle. La seconde idée facile est que l'enseignant se soucierait alors de démagogie pour plaire et se faire bien noter. Je ne suis qu'un enseignant parmi 900000 autres et je n'ai pas la prétention de connaître mieux les adolescents que n'importe quel collègue, mais j'ai la conviction que ce sont deux idées fausses, complètement fausses.
Dans les collèges et les sections générales des lycées, les élèves n'estiment au fond que les enseignants qui les font réellement travailler et qui, de plus, sont assez sévères pour la discipline en cours. Ca, je l'ai vérifié maintes et maintes fois. Quant au fait de se conduire comme un démagogue pour plaire aux élèves coûte que coûte, cela ne tient pas debout car, si on savait comment s'y prendre, on le ferait tous ! Quel enseignant pourrait souhaiter ne pas être aimé de ses élèves ? La réalité est que pour être apprécie de ses élèves, il faut vouloir et savoir les faire travailler, et le faire avec exigence et humanité.
En réalité, la seule chose qu'il faut réellement craindre, c'est l'officialisation de l'évaluation des enseignants par les élèves. Ce qu'il y a à redouter, c'est que le pouvoir s'en empare pour l'institutionnaliser et le faire entrer dans le cadre du ministère. Alors finalement, ce sont précisément ces sites sauvages nos meilleures parades.

08/02/2008

Qui note qui ?

La première chose à dire sur les propositions du rapport Attali notamment, mais plus généralement sur la question de l'évaluation des enseignants, est qu'elle ne constitue un problème ni urgent ni important. Les difficultés de l'école n'ont rien à voir avec une évaluation plus ou moins performante des professeurs. C'est quand-même un comble qu'à chaque fois que l'on fait le constat d'une école défaillante, on envisage toutes les hypothèses, sauf celle de ses instances dirigeantes peuplées de fous ou d'irresponsables. Et puisque l'on aime tout comparer avec l'entreprise, que ferait l'une d'entre elles, immense et en charge d'une grande responsabilité pour le pays, si l'on s'apercevait soudain qu'elle ne remplit aucun de ses objectifs et qu'elle se classe lamentablement dans les comparaisons internationales tout en développant des budgets pharaoniques ? Qui accepterait le discours faisant porter la responsabilité de l'échec à son "personnel de base", le jugeant mal formé ou mal évalué ? Qui accepterait de voir ses patrons immobiles et satisfaits depuis trente ans, nommés et renommés sans cesse sans que ne soit jamais pointées leurs fautes graves dans un profond désastre ? Qui accepterait une telle irresponsabilité de la part de dirigeants économiques ?