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15/04/2010

Classement des lycées, un joli fruit de saison.

Comme d'habitude au printemps, le classement des lycées est arrivé. Le problème est que l'on ne sait plus très bien de quel palmarès il s'agit. On pourrait croire que les meilleurs lycées sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats au bac, eh bien pas du tout. Ce serait même une vision très réductrice, voire conservatrice ou réactionnaire. Car ce qui intéresse les concepteurs des classements, ce ne sont pas les résultats obtenus, mais le différentiel avec les résultats attendus. Et là, ça devient bigrement intéressant. En effet, la question est de savoir comment donc calculer les "résultats attendus"? Tout est sous contrôle, mais le calcul est trop savant pour être expliqué aux innocents comme vous et moi, et il faut faire confiance à la science et aux as de la statistique. Ce différentiel est appelé sans ambages la "capacité à faire progresser les élèves" et on apprend qu'il est un subtil dosage de l'origine sociale, de l'âge et de la réussite au brevet des candidats bacheliers. On compare alors avec le taux moyen de réussite des élèves de mêmes caractéristiques sur toute la France. Mais oui… c'est ça… mais bien sûr. Quand on sait que le rectorat, pour verser les indemnités de correction,  vous demande chaque année de remplir deux pleines feuilles A4 pour indiquer votre adresse, votre numéro de sécurité sociale, le nom de l'employeur de votre conjoint et autres friandises comme les références du compte bancaire (plus DEUX RIB) sur lequel il vous verse déjà votre salaire depuis 10 ans, on a juste un tout petit peu de mal à croire un seul mot de ce supposé calcul titanesque et alambiqué qu’à l’évidence ils ne font pas réellement. Ca n'a d'ailleurs aucune importance puisque les explications passent comme une lettre à la poste auprès de bon nombre de journalistes qui transmettent sans état d’âme. En réalité, si on se penche un peu sur le sens, la faisabilité et le bien-fondé de ces calculs, on comprend vite que ce différentiel devrait porter le même nom qu'un ustensile de cuisine semblable à une grosse cuillère et avec lequel on sert de la soupe. Il existe tout de même un indicateur de bonne tenue appelé "l'accompagnement". Il s'agit du taux d'élèves qui étaient l'année précédente élève en 1ère dans le même établissement. Ce chiffre est important puisqu'il permet de pénaliser les lycées qui se contentent de sortir les mauvais (justement pour augmenter leur place dans ce classement). On se demande vraiment pourquoi ce calcul n'est pas fait depuis la seconde, ce qui serait non seulement plus percutant et plus instructif, mais aussi plus opportun. En effet, il s’agit a priori de donner des informations sur les établissements au moment où les familles émettent leurs vœux, et il faut savoir que l’écrémage le plus dur est en fin de seconde.

De plus, là où on se demande dans quel établissement les statisticiens du MEN ont passé leur bac, c'est quand on voit qu'il n'y a pas la moindre référence au nombre de candidats présentés. Voila pourtant qui ne manque pas d'intérêt. Pour commencer, les pourcentages sur de petites données ne signifient pas grand-chose. Des petits cours privés à moins de 60 élèves voient leur place monter ou descendre significativement selon que un ou deux de leurs élèves ont échoué, ce qui est tout simplement idiot, mais surtout, cela n'a rien de comparable avec les efforts et la structure d'un lycée qui présente quelques centaines de candidats. Un exemple amusant, celui du lycée Gerson à Paris 16. En 2009, il est N°3 à Paris et dans le top 50 de France. En 2010, il est 45ème sur Paris et aux alentours de la 500ème place en France ! On se dit que qu’une telle dégringolade doit avoir de solides raisons comme des bâtiments qui se sont effondrés en cours d’année ou une épidémie de choléra parmi les enseignants. L’explication est toute autre: en 2008, ils étaient 69 élèves en terminale ES dont un qui a échoué au bac. Il y a eu bonification car 68/69 est supérieur à 97%, taux « attendu ». Mais en 2009, alors qu'ils étaient 82 dans cette section, catastrophe: trois élèves ont échoué ! 79/82 étant inférieur à 97%, il y a eu un malus et notre pauvre lycée Gerson est passé de la 40éme place à la 500ème place. On voit que c’est précisément ce classement qui pousse les petits établissements à virer vite fait avant le bac les deux ou trois élèves qui sont « limite », le taux d’accompagnement ayant moins de poids. Perdre 500 places au classement national pour deux élèves en difficulté, ce serait ballot. (Et encore, je devrais dire "pour UN élève en difficulté", car s'ils n'avaient été que deux à échouer au lieu de trois, i y aurait eu bonus!!!)

Allez, on peut bien le dire, le but de classement, quel est-il? Convaincre que le meilleur établissement n'est pas celui qu'on croit. C'est tout? Euh oui, enfin puisque les parents aujourd'hui doivent choisir leur établissement, c'est une bonne idée de les aider à bien choisir. A condition que tous ne choisissent pas le même, sinon il va encore y avoir des mécontents. En résumé, supposons que vous avez un enfant très doué scolairement, il y a deux possibilités. Soit vous connaissez le problème, vous vous asseyez sur le classement et vous choisissez un lycée qui a un fort taux de mentions très bien (seul critère valable aujourd'hui). Soit vous ne comprenez rien, donc vous faites confiance au MEN et vous choisissez un lycée très bien classé donc plus faible. Comme ça, il y a encore des bons qui vont dans des établissements moins bons. Très bien, peut-on dire, sauf que ce sont toujours les moins informés, donc les plus pauvres en général qui se dévouent pour aller limiter la baisse de niveau chez les faibles.

Une dernière remarque: il m'a semblé que dans les quartiers plus difficiles, c'était toujours les lycées privés qui obtenaient de meilleurs résultats. Pourrait-on en déduire quelque chose?

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