Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/06/2010

Que faire ?

Le Ministère de l'Education Nationale était inquiet depuis quelques temps : pas de réforme, pas de grandes concertations, pas de grands projets, pas d'innovation, si l'on met à part la réforme du lycée dont personne ne parle plus depuis déjà trop longremps. Après le états-généraux de la violence à l'école qui occupèrent la Sorbonne pendant onze heures tant les intervenants étaient nombreux et les débats de rare qualité et de remarquable vivacité, le Ministre se demandait avec angoisse: et maintenant, que vais-je faire ? Car il ne faut pas oublier que le maître-mot, pour ne pas dire l'idée maîtresse, de la destruction de l'école est L'INNOVATION. Qu'importe ce que l'on fait, l'essentiel est d'innover. Il faut donc réformer, changer, bouleverser et dans tous les cas, se réunir pour en parler. En fait, cette idée n'est pas propre à l'éducation, on la retrouve chez tous les hommes modernes. Par exemple, le maire de Paris installe les arbres au milieu de la chaussée pour un week-end, ou encore, il réserve les tunnels automobiles aux piétons; et même il nous dit que Paris est une plage et il recouvre des routes avec du sable. Tant qu'il y a innovation, il y a modernisme, donc progrès. Seuls d'épouvantables réactionnaires vous diront le contraire. Il est vrai que les piétons empruntant un tunnel, ça tient du prodige et c'est sans doute un pas vers le bonheur. Donc, à notre ministre de l'éducation nationale, est alors venue l'idée de lancer un nouveau débat, celui des rythmes scolaires. A n'en pas douter, après avoir fait la semaine de cinq jours pour innover, puis celle de quatre jours pour aller encore plus loin avant de revenir à celle de cinq jours pour battre en brèche les idées reçues, on peut toujours faire des états-généraux pour en parler et savoir ce qui, finalement, serait le plus progressiste. D'autant que l'on peut également parler des horaires en posant des questions sans tabou du genre : "A quelle heure commence le matin?" ou encore "Combien de temps faut-il pour déjeuner?" Les débats promettent d'être riches, surtout si interviennent les grands savants des biorythmes qui auront certainement des tas de choses à expliquer, notamment comment ils justifient leur position de scientifique dont notre ministre raffole tant. Certains expliqueront qu'il faut au moins une heure trente pour manger sinon on court à la catastrophe, d'autres diront que ce serait un crime d'enchaîner six heures de cours dans la journée, ou encore de commencer à 8h ou de finir après le coucher du soleil. Il est certain qu'ils ne s'ennuieront pas une seconde.

Il leur faudra aussi parler du sport l'après-midi, nouvelle trouvaille pour avoir quelque chose à dire, à faire ou à inventer. A ce propos, peut-être pourraient-ils, pour l'occasion, préciser pourquoi on ferait du sport tout l'après-midi plutôt que du théâtre, des maths, des échecs ou de la musique. Sans doute quelque chose m'échappe. Il est vrai que le sport, c'est tellement important et puis, ce n'est pas assez développé, pas assez présent. On l'oublie, on ne parle pas assez de sport.