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24/11/2010

Cope-Juliard, le tandem hi-tech

Les personnels de l’éducation ont dû s’inquiéter il y a quelques semaines en lisant les déclarations de Jean-François Copé et Bruno Julliard (1). Non pas que ces deux personnalités annoncent des projets percutants, mais que leurs propos éveillent des soupçons quant au sérieux de leurs auteurs. Le premier propose d’établir un examen de passage en sixième, le second lui répond qu’il ne convient pas d’ajouter encore de la sélection ou de la compétition à l’école, l’autre affirme alors qu’il s’agit d’obtenir 100% de réussite. Il est difficile de faire plus court dans l’échange d’hommes politiques pour apporter la preuve de leur méconnaissance du sujet d’une part, et pour constater que la communication est l’objectif numéro un de leur réflexion d’autre part.  

La mise en place d’un examen est la dernière étape de la construction d’un système, et y réfléchir sans savoir ce qu’il y a derrière n’a aucun sens. S’il y a examen, c’est qu’il y a alternative, diversification des voies. Par exemple, un lycéen passe son bac avec une mention TB, ou sans mention, ou encore il y échoue. Alors il est admis dans une grande classe préparatoire, ou bien à l’université, ou encore il doit chercher autre chose. La question fondamentale, qui ne semble pas avoir effleuré nos deux intellectuels et qui se pose pourtant immédiatement et de toute évidence, est de savoir ce que l’on fait des élèves qui échoueraient à cet examen d’entrée en sixième. Je suppose que Jean-François Copé plaisante lorsqu’il évoque le redoublement. S’il est sérieux, je lui pose alors la question de savoir ce que l’on fait des redoublants qui échouent à l’examen. Quand à Bruno Julliard qui déclare refuser d’ajouter encore à une compétition ou à une sélection qui nuiraient déjà trop à notre école, je lui conseille de s’informer pour savoir comment fonctionne notre école. Je rappelle donc à nos deux éminents penseurs qu’aujourd’hui, de la petite section de maternelle jusqu’en fin de troisième au collège, il n’existe qu’un parcours unique et obligatoire pour tous les enfants. La compétition n’y a jamais existé puisqu’il n’y a jamais eu de concours, et la sélection n’y existe plus depuis 1975, date de la loi Haby. Bruno Julliard serait donc bien inspiré d’actualiser ses connaissances de notre système éducatif. Je ne parle évidemment pas ici d’enseignement spécialisé pour les enfants déficients. Et encore, pour l’intégration dans certaines de ces filières faut-il obtenir l’accord des parents.

Il est vrai que le ministère de l’Education Nationale est devenu expert dans la réalisation d’examens obtenant très précisément les résultats espérés, et mettre en place un examen avec 100% de réussite est un challenge qu’il est tout à fait capable de relever Mais que l’on me permette alors de soulever la question de l’opportunité d’une telle démarche qui s’inscrirait dans un parcours obligatoire et non sélectif. Afin de permettre à l’un et l’autre de nos deux experts de bien comprendre ces explications, usons d’une illustration qui donnera toute la mesure de la pertinence et de la cohérence de leurs propos. Jean-François Copé propose de planter un feu de circulation sur une autoroute droite, unique et sans intersection. Bruno Julliard lui répond alors qu’il ne faut pas rajouter encore une interdiction de circuler, ce à quoi l’autre répond : « Mais je compte bien que ce feu soit toujours au vert ! ». Pas de doute, nous sommes dirigés par de fins visionnaires.

(1)    Secrétaire à l’éducation du Parti Socialiste

Commentaires

Le texte où Jean-François Copé fait cette promesse mirobolante se trouve ici :

http://www.generationfrance.fr/web/tl_files/pdf/GF_reunion2610.pdf

Il exige 100% de réussite. Comment ? "Aux équipes pédagogiques de prendre toutes les mesures qui s'imposent".

Nous avons ici le plus parfait exemple du management par la terreur, dont l'épreuve impossible constitue le principe premier. M. Copé exige la perfection. Comment ? "j'veux pas l'savoir, débrouillez-vous !" Et si la perfection peine à venir, on accusera les fonctionnaires de paresse et d'incompétence. Ils devront "rendre des comptes".

Autrement dit, sous couvert d'autonomie et de "confiance", les politiques se déchargent de toute forme de responsabilité sur les exécutants, boucs émissaires qu'on enfoncera sans pitié.

Mais tiens, en y songeant, on pourrait adapter le principe. En tant que citoyen, je demande immédiatement à M. Copé 0 % de chômage. Comment ? Hé bien, qu'il "prenne toutes les mesures qui s'imposent". Et s'il n'y arrive pas, qu'il "rende des comptes", par exemple en donnant sa démission immédiate ou en renonçant à toute forme de rémunération.

Chiche, M. Copé ?

Écrit par : Pierre-Henri | 28/11/2010

Le problème n'est pas tellement de savoir si ce succès est possible: il est certain. Avec un peu de pratique et de technique, organiser un examen avec n'importe quel pourcentage donné à l'avance ne présente aucune difficulté pour le Minsitère de l'Education Nationale, il a de l'entraînement !

Écrit par : Michel Segal | 04/12/2010

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