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19/10/2010

HCE : Paroles d'experts dans Le Monde

C'est avec un immense plaisir (et un peu d'étonnement) que j'ai vu Le Monde publier ma tribune sur le rapport du HCE portant sur le collège. Ils ont pour cela choisi le titre "Les experts du HCE ne savent toujours pas de quoi ils parlent". Vous pouvez la lire ici.

07/06/2010

Que faire ?

Le Ministère de l'Education Nationale était inquiet depuis quelques temps : pas de réforme, pas de grandes concertations, pas de grands projets, pas d'innovation, si l'on met à part la réforme du lycée dont personne ne parle plus depuis déjà trop longremps. Après le états-généraux de la violence à l'école qui occupèrent la Sorbonne pendant onze heures tant les intervenants étaient nombreux et les débats de rare qualité et de remarquable vivacité, le Ministre se demandait avec angoisse: et maintenant, que vais-je faire ? Car il ne faut pas oublier que le maître-mot, pour ne pas dire l'idée maîtresse, de la destruction de l'école est L'INNOVATION. Qu'importe ce que l'on fait, l'essentiel est d'innover. Il faut donc réformer, changer, bouleverser et dans tous les cas, se réunir pour en parler. En fait, cette idée n'est pas propre à l'éducation, on la retrouve chez tous les hommes modernes. Par exemple, le maire de Paris installe les arbres au milieu de la chaussée pour un week-end, ou encore, il réserve les tunnels automobiles aux piétons; et même il nous dit que Paris est une plage et il recouvre des routes avec du sable. Tant qu'il y a innovation, il y a modernisme, donc progrès. Seuls d'épouvantables réactionnaires vous diront le contraire. Il est vrai que les piétons empruntant un tunnel, ça tient du prodige et c'est sans doute un pas vers le bonheur. Donc, à notre ministre de l'éducation nationale, est alors venue l'idée de lancer un nouveau débat, celui des rythmes scolaires. A n'en pas douter, après avoir fait la semaine de cinq jours pour innover, puis celle de quatre jours pour aller encore plus loin avant de revenir à celle de cinq jours pour battre en brèche les idées reçues, on peut toujours faire des états-généraux pour en parler et savoir ce qui, finalement, serait le plus progressiste. D'autant que l'on peut également parler des horaires en posant des questions sans tabou du genre : "A quelle heure commence le matin?" ou encore "Combien de temps faut-il pour déjeuner?" Les débats promettent d'être riches, surtout si interviennent les grands savants des biorythmes qui auront certainement des tas de choses à expliquer, notamment comment ils justifient leur position de scientifique dont notre ministre raffole tant. Certains expliqueront qu'il faut au moins une heure trente pour manger sinon on court à la catastrophe, d'autres diront que ce serait un crime d'enchaîner six heures de cours dans la journée, ou encore de commencer à 8h ou de finir après le coucher du soleil. Il est certain qu'ils ne s'ennuieront pas une seconde.

Il leur faudra aussi parler du sport l'après-midi, nouvelle trouvaille pour avoir quelque chose à dire, à faire ou à inventer. A ce propos, peut-être pourraient-ils, pour l'occasion, préciser pourquoi on ferait du sport tout l'après-midi plutôt que du théâtre, des maths, des échecs ou de la musique. Sans doute quelque chose m'échappe. Il est vrai que le sport, c'est tellement important et puis, ce n'est pas assez développé, pas assez présent. On l'oublie, on ne parle pas assez de sport.

29/04/2010

ABSENTEISME TOUJOURS

Voici le texte de ma tribune publiée par Le Figaro du 29/04/10. Elle n'est malheureusement pas accessible sur lefigaro.fr mais seulement dans l'édition papier.

"Il y a huit jours à Bobigny, Nicolas Sarkozy réaffirmait sa volonté de systématiser la suspension des allocations familiales aux familles d’élèves absentéistes. Ce principe avait déjà été aménagé en 2006 sans être appliqué depuis, mais le projet est de transférer la décision des présidents de conseils généraux aux préfets, ce qui rendrait cette fois le procédé applicable dans les faits. La presse a déjà souligné l’unanimité des acteurs pour juger ce procédé inadapté (Cnaf, représentants de parents, d’enseignants, de chefs d’établissements et même d’inspecteurs d’académie). Aux critiques virulentes, mais attendues, de l’opposition s’ajoutent celles de la majorité évoquant par exemple « l’ajout de misère à la misère » pointé par Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale.

Si l’on peut éventuellement défendre cette mesure pour les lycées d’enseignement général et technologique avec l’idée de mettre un terme à des abus, on ne peut que s’en inquiéter pour les collèges et les lycées professionnels, notamment pour ces fameux 10% d’établissements qui concentrent 50% des faits de violence scolaire, et vraisemblablement une proportion encore supérieure de l’absentéisme total (deux tiers des absentéistes le sont dans les collèges et les LEP). Dans ces établissements, il y a un aspect autrement plus inquiétant, très bien connu des personnels et sur lequel règne inexplicablement un silence total : le profil des absentéistes. Pour une immense majorité d’entre eux, ce sont des élèves de plus de 14 ans parfaitement conscients de ne pas être en mesure de suivre des cours en classe et de ne pouvoir en retirer le moindre bénéfice. Ce ne sont donc pas des enfants que des parents négligents n’enverraient pas en classe, mais de grands adolescents qui ont décidé de ne plus y aller et sur lesquels les familles n’ont pour la plupart aucune influence.

Dans la réalité, dont on peut s’inquiéter qu’elle n’intéresse visiblement pas les décideurs, tous les enseignants de ces fameux 10% d’établissements se répètent entre eux tous les jours : « Pourvu que tel et tel élève ne viennent pas, ainsi on pourra peut-être faire cours ». Il ne s’agit pas de protéger les enseignants, mais plutôt les vingt et quelques élèves de chacune de ces classes qui redoutent de voir certains revenir dans leur communauté.

Plutôt que de se réjouir que la mesure soit très majoritairement appréciée par l’opinion publique**, il serait bon que les pouvoirs publics soient avertis d’une part qu’un tel projet risque fort de provoquer une augmentation notable des violences familiales, et d’autre part que toute politique coercitive visant à faire revenir de force les absentéistes dans leur école mènera directement à une flambée de la violence scolaire dont il est probable que les proportions mettront à mal la continuité du service public dans certains quartiers.

L’absentéisme lourd ne remet pas en cause les familles mais l’école elle-même. Ce phénomène ne fait pas émerger une hypothétique « démission des parents », mais l’incompatibilité des structures et des programmes de l’enseignement obligatoire avec les réalités de notre société que le pouvoir semble avoir du mal à accepter."

 

 

 

15/04/2010

Classement des lycées, un joli fruit de saison.

Comme d'habitude au printemps, le classement des lycées est arrivé. Le problème est que l'on ne sait plus très bien de quel palmarès il s'agit. On pourrait croire que les meilleurs lycées sont ceux qui obtiennent les meilleurs résultats au bac, eh bien pas du tout. Ce serait même une vision très réductrice, voire conservatrice ou réactionnaire. Car ce qui intéresse les concepteurs des classements, ce ne sont pas les résultats obtenus, mais le différentiel avec les résultats attendus. Et là, ça devient bigrement intéressant. En effet, la question est de savoir comment donc calculer les "résultats attendus"? Tout est sous contrôle, mais le calcul est trop savant pour être expliqué aux innocents comme vous et moi, et il faut faire confiance à la science et aux as de la statistique. Ce différentiel est appelé sans ambages la "capacité à faire progresser les élèves" et on apprend qu'il est un subtil dosage de l'origine sociale, de l'âge et de la réussite au brevet des candidats bacheliers. On compare alors avec le taux moyen de réussite des élèves de mêmes caractéristiques sur toute la France. Mais oui… c'est ça… mais bien sûr. Quand on sait que le rectorat, pour verser les indemnités de correction,  vous demande chaque année de remplir deux pleines feuilles A4 pour indiquer votre adresse, votre numéro de sécurité sociale, le nom de l'employeur de votre conjoint et autres friandises comme les références du compte bancaire (plus DEUX RIB) sur lequel il vous verse déjà votre salaire depuis 10 ans, on a juste un tout petit peu de mal à croire un seul mot de ce supposé calcul titanesque et alambiqué qu’à l’évidence ils ne font pas réellement. Ca n'a d'ailleurs aucune importance puisque les explications passent comme une lettre à la poste auprès de bon nombre de journalistes qui transmettent sans état d’âme. En réalité, si on se penche un peu sur le sens, la faisabilité et le bien-fondé de ces calculs, on comprend vite que ce différentiel devrait porter le même nom qu'un ustensile de cuisine semblable à une grosse cuillère et avec lequel on sert de la soupe. Il existe tout de même un indicateur de bonne tenue appelé "l'accompagnement". Il s'agit du taux d'élèves qui étaient l'année précédente élève en 1ère dans le même établissement. Ce chiffre est important puisqu'il permet de pénaliser les lycées qui se contentent de sortir les mauvais (justement pour augmenter leur place dans ce classement). On se demande vraiment pourquoi ce calcul n'est pas fait depuis la seconde, ce qui serait non seulement plus percutant et plus instructif, mais aussi plus opportun. En effet, il s’agit a priori de donner des informations sur les établissements au moment où les familles émettent leurs vœux, et il faut savoir que l’écrémage le plus dur est en fin de seconde.

De plus, là où on se demande dans quel établissement les statisticiens du MEN ont passé leur bac, c'est quand on voit qu'il n'y a pas la moindre référence au nombre de candidats présentés. Voila pourtant qui ne manque pas d'intérêt. Pour commencer, les pourcentages sur de petites données ne signifient pas grand-chose. Des petits cours privés à moins de 60 élèves voient leur place monter ou descendre significativement selon que un ou deux de leurs élèves ont échoué, ce qui est tout simplement idiot, mais surtout, cela n'a rien de comparable avec les efforts et la structure d'un lycée qui présente quelques centaines de candidats. Un exemple amusant, celui du lycée Gerson à Paris 16. En 2009, il est N°3 à Paris et dans le top 50 de France. En 2010, il est 45ème sur Paris et aux alentours de la 500ème place en France ! On se dit que qu’une telle dégringolade doit avoir de solides raisons comme des bâtiments qui se sont effondrés en cours d’année ou une épidémie de choléra parmi les enseignants. L’explication est toute autre: en 2008, ils étaient 69 élèves en terminale ES dont un qui a échoué au bac. Il y a eu bonification car 68/69 est supérieur à 97%, taux « attendu ». Mais en 2009, alors qu'ils étaient 82 dans cette section, catastrophe: trois élèves ont échoué ! 79/82 étant inférieur à 97%, il y a eu un malus et notre pauvre lycée Gerson est passé de la 40éme place à la 500ème place. On voit que c’est précisément ce classement qui pousse les petits établissements à virer vite fait avant le bac les deux ou trois élèves qui sont « limite », le taux d’accompagnement ayant moins de poids. Perdre 500 places au classement national pour deux élèves en difficulté, ce serait ballot. (Et encore, je devrais dire "pour UN élève en difficulté", car s'ils n'avaient été que deux à échouer au lieu de trois, i y aurait eu bonus!!!)

Allez, on peut bien le dire, le but de classement, quel est-il? Convaincre que le meilleur établissement n'est pas celui qu'on croit. C'est tout? Euh oui, enfin puisque les parents aujourd'hui doivent choisir leur établissement, c'est une bonne idée de les aider à bien choisir. A condition que tous ne choisissent pas le même, sinon il va encore y avoir des mécontents. En résumé, supposons que vous avez un enfant très doué scolairement, il y a deux possibilités. Soit vous connaissez le problème, vous vous asseyez sur le classement et vous choisissez un lycée qui a un fort taux de mentions très bien (seul critère valable aujourd'hui). Soit vous ne comprenez rien, donc vous faites confiance au MEN et vous choisissez un lycée très bien classé donc plus faible. Comme ça, il y a encore des bons qui vont dans des établissements moins bons. Très bien, peut-on dire, sauf que ce sont toujours les moins informés, donc les plus pauvres en général qui se dévouent pour aller limiter la baisse de niveau chez les faibles.

Une dernière remarque: il m'a semblé que dans les quartiers plus difficiles, c'était toujours les lycées privés qui obtenaient de meilleurs résultats. Pourrait-on en déduire quelque chose?

20/03/2010

LE JEU DE LA MORT ou LES NOUVEAUX DIAFOIRUS

Le documentaire diffusé le 17 mars sur France 2 était du niveau des émissions de télévision qu’il prétendait dénoncer. Racoleur et démagogique, il se mettait en scène lui-même dans la bêtise qu’il montrait. Tout cela a d’ailleurs été dit par bon nombre de commentateurs comme par exemple celui de Rue89 qui démonte en détails la supercherie.

Ce qu’il faut également souligner, c’est l’imposture scientifique de plus en plus fréquente à la télévision, et c’en était là un parfait exemple. Les « experts », les « spécialistes », plus habitués aux plateaux de tournage qu’aux études, étaient d’un niveau intellectuel n'inspirant qu'une confiance toute relative. Enonçant des banalités affligeantes qu’ils tentaient de maquiller sous une formulation précieuse et pédante, ils tentaient de nous faire croire qu’ils avaient quelque chose à dire. C’est dans ce genre de programme que l’on réalise à quel point la psychologie souffre surtout des psychologues. Et ne parlons pas des hypothétiques « critères scientifiques » restés mystérieux quant au choix des participants. Le tout dans une mise en scène prétentieuse osant sans honte utiliser la bande originale d’Orange Mécanique.  Mais l’imposture scientifique ne s’arrêtait pas là puisqu’on avait ensuite droit à un débat de supposés intellectuels. La duperie allait prendre des proportions encore plus importantes puisque les intervenants, présentés comme des psychologues et philosophes, étaient avant tout des gens de médias (journaux, télévision et radio). C’était le retour du psy-show des années 80 appliqué cette fois non pas à un couple mais à la télévision elle-même.

Pourquoi parler ici de cette navrante émission ? Pour deux raisons :

d’abord parce que ses travers sont semblables à ceux dont souffre l’éducation. En effet, on a affaire à des imposteurs érigés en spécialistes et qui, de façon totalitaire, imposent leur morale et se servent de leur audience pour en faire une bien-pensance universelle contre laquelle il sera impossible de lutter sans passer, non pas pour un rebelle, mais pour un réactionnaire. Ils le font par le biais de données incomplètes ou faussées, par une méconnaissance du réel et par des raisonnements simplistes ou incohérents. Il en est ainsi depuis les années 60 dans l’éducation avec les sciences de l’éducation, véritable imposture dissimulée derrière de la pédanterie. Leur talent, qu’il faut tout de même leur reconnaître, est de se faire passer pour des rebelles alors qu’ils détiennent le pouvoir. Ainsi en est-il de ce documentaire à gros budget, financé par une chaîne publique, bénéficiant d’une promotion hors du commun, réalisé et produit par des gens en place depuis longtemps dans la télévision qu’ils prétendent dénoncer.

Ensuite parce que pendant le débat, tenu par des gens de média je le répète, venus aussi pour faire leur promotion comme animateurs (donc tentant de se faire remarquer comme tels), pendant ce débat, donc, on a entendu des propos extrêmement inquiétants, sur l’éducation notamment. Puisque il était de bon ton de le faire, les participants se sont livrés à une véritable apologie de la désobéissance. Ils n’y sont pas allés de main morte, puisque l’un des participants, disons-le le plus imbécile de tous, comparait un animateur d’un jeu télévision… à un Kapo nazi.  Tous étaient d’accord pour dire que nous vivons dans un monde trop obéissant...  On a aussi pu entendre que la désobéissance s’apprenait. Avec une gaffe aussi grossière, on repère facilement les imposteurs se faisant passer pour des scientifiques puisque c’est un propos incohérent (inconsistant dit-on en mathématiques) : il est en contradiction avec lui-même. En effet, chacun comprendra qu’on ne peut pas enseigner à désobéir puisque si l’élève reçoit l’ordre de désobéir, il faudrait qu’il obéisse pour désobéir. En fait, il s’agit même de la seule chose qu’on ne puisse pas enseigner. Mais, comme ceux qui ont la parole publique, donc le pouvoir, tiennent ce genre de discours, on peut s’attendre à ce que la très fameuse « désobéissance civile » fasse un jour son entrée dans les programmes officiels de l’école, histoire de s’assurer que nous n’avons pas des élèves trop obéissants (serait-ce le cas ?). L’idée sur laquelle chacun s’accordait est que désobéir est d’abord un acte de courage et d’héroïsme associé à la Résistance, alors que l’obéissance est une soumission à un pouvoir autoritaire. Puisque, d’après les brillants intellectuels réunis, tout le monde obéit trop facilement, il fallait donc textuellement : éduquer les enfants à la résistance, leur apprendre à être insoumis, leur donner une éducation contradictoire, leur apprendre le plaisir de la transgression, leur enseigner à penser librement et même : « se libérer des canons de la décence ».

 C’est bien parce que ces discours imbéciles et assassins de l’intelligence du monde sont tenus par des gens de pouvoir qu’il n’y a que peu d’espoir à avoir sur une quelconque prise de conscience des maux qui nous rongent. Ils sont tous devenus fous.