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21/05/2009

Reforme...

Dès septembre 2008, le ministère de l’éducation nationale avait préparé l’arrivée de sa réforme du lycée en changeant les programmes de mathématiques de la classe de troisième. Mais avec l’abandon de la réforme, le « nouveau » programme de seconde devenait inapplicable. Le problème est que l’ancien ne l’est pas davantage puisque devenu incohérent après les changements faits en troisième. L’inspection générale de mathématiques a donc rédigé dans l'urgence un programme « transitoire » pour la seconde de 2009/2010, en attendant de connaître celui de la réforme préparée par Richard Descoings. Ce programme provisoire n'a évidemment aucune visibilité puisque personne, même au ministère, ne sait encore à quoi ressemblera le programme de première de 2010/2011, et a fortiori le baccalauréat de 2012. L'exercice devient périlleux.

Pour son projet de programme provisoire, l'inspection générale pressée par le temps reprend des éléments de la réforme abandonnée en janvier dernier, comme la répartition en semestre 1 et 2 d'un enseignement commun ou des modules à la carte. En toute hâte toujours, une consultation est lancée auprès des enseignants (*) qui devrait, comme d’habitude, aboutir  à tout et son contraire dans un magma inexploitable de milliers de commentaires. A supposer qu'ils soient lus, l'inspection générale pourra, dans le meilleur des cas, y relever le pointage de nouvelles incohérences débusquées par des collègues consciencieux.

 

Sans juger du contenu de la réforme abandonnée ou du programme provisoire en cours de rédaction (**), il est légitime de s’interroger sur les raisons qui ont mis le MEN dans une situation objectivement aussi lamentable. Certains accuseront l’obstination d’une mauvaise réforme proposée fin 2008, d’autres au contraire son abandon trop facile début 2009. Mais il serait plus judicieux encore de se demander pourquoi cette réforme a été lancée. Il est à craindre que la réponse tienne en son seul titre : REFORME. Moderniser, réformer, bouger, innover, changer, voila les nouveaux maîtres mots de l'action politique, dont la seule application constituerait une garantie de progressisme, donc d’avancée significative sur le chemin du bonheur. Honte et infâmie sur ceux qui ne s’en réclameraient pas. Les rangs de la majorité, comme ceux de leurs adversaires en d’autres temps, jouent sur du velours en s'adressant ainsi à ceux de l’opposition : "Mais quoi! Vous êtes contre la réforme ? Contre le changement ? Allez, avoue que tu es conservateur, Satan! ". 

Persuadé qu’il s’agissait là du coeur de son travail, Xavier Darcos s'est empressé de vouloir réformer le lycée sans trop savoir pourquoi, et c'est naturellement « ouvert à toute proposition » qu'il a élaboré son projet en associant syndicats d'enseignants et coordinations lycéennes(***). Il ne s’y serait pas pris autrement pour faire savoir publiquement que, n’ayant ni projet politique ni conviction, il était au fond prêt à n’importe quoi tant qu’étaient respectés ses seuls objectifs : réformer, supprimer des postes et satisfaire le plus grand nombre. Pour s’en convaincre, il suffit d'écouter ses arguments lorsqu'on lui fait remarquer qu'il a en face de lui des opposants déterminés. Il se contente de les énoncer : il y a nécessité de réformer, il y a eu respect de la concertation, et il est impératif de supprimer des postes. C’est un peu court. D’une réforme quelle qu’elle soit, on serait en droit d’espérer qu’elle résulte d’une conviction ou d’un choix politique raisonné. Quant à celui qui la propose ou la met en oeuvre, on aimerait qu’il convainque ou qu’il prouve, peut-être même qu’il y croie.

Mais là, ce n’est plus un espoir, c’est un rêve.

 

(*) réponses attendues mi-mai dans les rectorats

(**) signalons tout de même qu’une partie importante du programme de troisième a tout simplement été supprimée pour être inscrite dans celui de seconde.

(***) il n'existe pas de syndicats lycéens mais des représentations lycéennes qui posent justement un sérieux problème de représentation, sachant que FIDL et UNL comptent à elles deux moins de 1% des lycéens

24/01/2009

Absentéisme

L'annonce de la création de 5000 postes dont l'objet est d'aller chercher les élèves qui ne viennent pas est assez désarmante. Oserai-je signaler à notre ministre que, grâce à l'absentéisme de certains élèves, certains autres ont une chance de pouvoir assister à quelques cours plus ou moins normaux? Parions qu'il a pris cette décision sur un coup de tête, pressé qu'il était d'annoncer quelque chose ou d'utiliser des postes qui étaient mis à sa disposition. En ce qui concerne les lycées professionnels, il devrait savoir que la quasi-totalité des lycéens a dépassé l'age de l'obligation scolaire et que payer un "médiateur" pendant un an dont le travail consiste à sillonner les cités de banlieue pour tenter, dans un premier temps, de retrouver trois ou quatre jeunes de 17 ou 18 ans avant de tenter, dans un deuxième temps, de les convaincre de retourner à l'école est une idée juste un tout petit peu saugrenue. Mais dans quel monde vit-il pour s'imaginer que, même dans l'hypothèse totalement invraisemblable où ces jeunes revenaient au lycée, ce serait pour y suivre correctement des cours ???
Quant au collège, et c'est un sujet que je connais bien, il faut savoir que l'absentéisme lourd est d'abord motivé par la certitude de l'échec, et que cette certitude donne à l'élève trois possibilités: empêcher ses camarades de travailler, dormir ou ne pas aller à l'école. Le problème majeur du collège est justement la présence de ceux qui n'ont rien à y faire. C'est en tout cas le fléau organisé par l'état qui brime et frappe les familles des quartiers difficiles en leur infligeant la présence de quelques enfants déglingués dans leurs classes. Et maintenant, le ministre paye des gens pour aller chercher ceux-là quand ils ne viennent pas à l'école ! S'il avait décidé de punir les enfants défavorisés, d'empêcher les pauvres à tout prix de suivre une scolarité normale, il ne s'y prendrait pas autrement. Mais ce n'est pas l'objectif de Xavier Darcos qui n'est sans doute qu'un brave homme plein de bonnes intentions. (C'est précisément ce qui en fait un redoutable cantonnier des routes de l'enfer.)
Je disais dans mon bouquin qu'il fallait s'attendre à ce que les ministres créent bientôt des "Brigades de citoyenneté" ou des "Equipes d'agents républicains de civisme". J'avoue que "Médiateurs de réussite scolaire", c'est encore plus fort. Autant de bons sentiments noyés dans une telle démagogie, ça m'effraie. Et je préfère encore ne pas parler de ce que cela induit sur le sens que donne le ministre à "réussite scolaire"...