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11/01/2010

Violence ou violence scolaire

Un lycéen poignardé par un autre à l’intérieur d’un établissement, c’est presque un enfant qui en tue un autre, et c’est d’abord une tragédie pour deux familles. Je me souviens d’une réplique de cinéma très forte, mais dans un film que j’ai en revanche oublié. Un homme sentant qu’il risquait de mourir de la main d’un garçon qui devait avoir l’âge d’un lycéen, disait à son jeune bourreau: « Si tu fais ça, ma mère pleurera beaucoup, mais la tienne, elle sera inconsolable. »

C’est d’abord à cela que m’a rappelé le récent fait divers au lycée du Kremlin-Bicêtre: deux familles qui se préparent vraisemblablement à vivre des années de douleur et de regrets, deux familles peut-être détruites et condamnées à vivre dans le passé.

Alors il aurait été tout à l’honneur des politiques, et notamment des membres du gouvernement, de garder un peu de décence pendant au moins quelques jours avant de commencer à discourir pour se répandre en bêtises et nous montrer une fois de plus qu‘ils ne songent qu‘à communiquer, ce qu’ils font d’ailleurs avec un souverain mépris de la vérité. Non pas qu’ils soient des menteurs (pas cette fois en tout cas), mais qu’ils semblent se refuser à comprendre ce qu’est la vie, ce qu’est le monde.

A mon sens, ce drame ne relève en rien de la violence scolaire. Un différend entre deux adolescents peut arriver n’importe quand, n’importe où et se terminer tragiquement par la faute d'un mauvais concours de circonstances. Combien de tragédies ainsi évitées « par chance » ? L’école, la rue ou un centre commercial, tout cela ne fait pas grande différence.

Mais les politiques n’ont pas le sens de l’honneur. Alors, ils se précipitent pour tout mélanger et nous servir une espèce de mixture indigeste. Des surveillants, des tuteurs, des médiateurs de réussite, la sanctuarisation de l’école, les portiques de sécurité, pas assez de personnel, la faute à la région, la faute aux suppressions de postes… Sont-ils réellement aussi bêtes qu’ils le revendiquent eux-mêmes pour tenir des discours aussi insensés ? pour évoquer des raisons aussi stupides ? pour tenter de « rebondir » sur ce drame pour en faire un « Ah ! Vous voyez que… ». ?

On est dans l’illusion sécuritaire quand on dégaine un discours et une analyse au lieu de baisser la tête pour se recueillir en silence et respecter la peine des gens. Je ne crois pas qu‘il existe des lois contre le dépit amoureux (dont j‘ai cru comprendre qu‘il était à l‘origine du drame). En revanche, on peut peut-être poser la question de savoir pourquoi les jeunes gens sont de plus en plus irascibles, susceptibles, agressifs, et parfois même si aisément paranoïaques et impulsifs. Le garçon qui sort un couteau dans une altercation de la sorte, disons-le, ressemble plus à Joe Ricci dans un film de maffieux new-yorkais qu’à ce que l’on attend d’un élève de terminale. Or, il faut dire que les élèves incontrôlables et caractériels sont de plus en plus nombreux. Tout le monde redoute leurs colères, de leurs camarades de classe… à leurs professeurs. Il est très fréquent de voir, autant au collège qu'au lycée, et y compris pendant les cours, des élèves prêts à se battre ou à hurler des insultes parce qu’un autre a dit un mot qui ne leur a pas plu ou même parce qu’il lui aura jeté un « mauvais regard ». Le traitement de ce genre d’incident (sanction insignifiante) entraîne les élèves à ne pas même tenter de se contrôler, je dirais même à ne surtout pas tenter de se contrôler. La première raison est que l’école pardonne toujours beaucoup plus facilement les faits commis sous l’emprise de la colère, et les élèves finissent par la cultiver en la laissant exploser d‘autant plus librement, voire en la démultipliant volontairement. La seconde raison est que ne pas freiner ses humeurs et ses impulsions violentes procure à l’égard de leurs auteurs un respect engendré par la peur, signe de force et de domination. Ce ne sont pas des délinquants, ce sont juste des enfants qui ne supportent plus que le monde ne soit pas tel qu’ils le souhaitent. Dans les films de bandits de Scorsese, tout le monde redoute Joe Ricci, car il est impulsif, incontrôlable, imprévisible.