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29/04/2010

ABSENTEISME TOUJOURS

Voici le texte de ma tribune publiée par Le Figaro du 29/04/10. Elle n'est malheureusement pas accessible sur lefigaro.fr mais seulement dans l'édition papier.

"Il y a huit jours à Bobigny, Nicolas Sarkozy réaffirmait sa volonté de systématiser la suspension des allocations familiales aux familles d’élèves absentéistes. Ce principe avait déjà été aménagé en 2006 sans être appliqué depuis, mais le projet est de transférer la décision des présidents de conseils généraux aux préfets, ce qui rendrait cette fois le procédé applicable dans les faits. La presse a déjà souligné l’unanimité des acteurs pour juger ce procédé inadapté (Cnaf, représentants de parents, d’enseignants, de chefs d’établissements et même d’inspecteurs d’académie). Aux critiques virulentes, mais attendues, de l’opposition s’ajoutent celles de la majorité évoquant par exemple « l’ajout de misère à la misère » pointé par Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale.

Si l’on peut éventuellement défendre cette mesure pour les lycées d’enseignement général et technologique avec l’idée de mettre un terme à des abus, on ne peut que s’en inquiéter pour les collèges et les lycées professionnels, notamment pour ces fameux 10% d’établissements qui concentrent 50% des faits de violence scolaire, et vraisemblablement une proportion encore supérieure de l’absentéisme total (deux tiers des absentéistes le sont dans les collèges et les LEP). Dans ces établissements, il y a un aspect autrement plus inquiétant, très bien connu des personnels et sur lequel règne inexplicablement un silence total : le profil des absentéistes. Pour une immense majorité d’entre eux, ce sont des élèves de plus de 14 ans parfaitement conscients de ne pas être en mesure de suivre des cours en classe et de ne pouvoir en retirer le moindre bénéfice. Ce ne sont donc pas des enfants que des parents négligents n’enverraient pas en classe, mais de grands adolescents qui ont décidé de ne plus y aller et sur lesquels les familles n’ont pour la plupart aucune influence.

Dans la réalité, dont on peut s’inquiéter qu’elle n’intéresse visiblement pas les décideurs, tous les enseignants de ces fameux 10% d’établissements se répètent entre eux tous les jours : « Pourvu que tel et tel élève ne viennent pas, ainsi on pourra peut-être faire cours ». Il ne s’agit pas de protéger les enseignants, mais plutôt les vingt et quelques élèves de chacune de ces classes qui redoutent de voir certains revenir dans leur communauté.

Plutôt que de se réjouir que la mesure soit très majoritairement appréciée par l’opinion publique**, il serait bon que les pouvoirs publics soient avertis d’une part qu’un tel projet risque fort de provoquer une augmentation notable des violences familiales, et d’autre part que toute politique coercitive visant à faire revenir de force les absentéistes dans leur école mènera directement à une flambée de la violence scolaire dont il est probable que les proportions mettront à mal la continuité du service public dans certains quartiers.

L’absentéisme lourd ne remet pas en cause les familles mais l’école elle-même. Ce phénomène ne fait pas émerger une hypothétique « démission des parents », mais l’incompatibilité des structures et des programmes de l’enseignement obligatoire avec les réalités de notre société que le pouvoir semble avoir du mal à accepter."

 

 

 

11/01/2010

Violence ou violence scolaire

Un lycéen poignardé par un autre à l’intérieur d’un établissement, c’est presque un enfant qui en tue un autre, et c’est d’abord une tragédie pour deux familles. Je me souviens d’une réplique de cinéma très forte, mais dans un film que j’ai en revanche oublié. Un homme sentant qu’il risquait de mourir de la main d’un garçon qui devait avoir l’âge d’un lycéen, disait à son jeune bourreau: « Si tu fais ça, ma mère pleurera beaucoup, mais la tienne, elle sera inconsolable. »

C’est d’abord à cela que m’a rappelé le récent fait divers au lycée du Kremlin-Bicêtre: deux familles qui se préparent vraisemblablement à vivre des années de douleur et de regrets, deux familles peut-être détruites et condamnées à vivre dans le passé.

Alors il aurait été tout à l’honneur des politiques, et notamment des membres du gouvernement, de garder un peu de décence pendant au moins quelques jours avant de commencer à discourir pour se répandre en bêtises et nous montrer une fois de plus qu‘ils ne songent qu‘à communiquer, ce qu’ils font d’ailleurs avec un souverain mépris de la vérité. Non pas qu’ils soient des menteurs (pas cette fois en tout cas), mais qu’ils semblent se refuser à comprendre ce qu’est la vie, ce qu’est le monde.

A mon sens, ce drame ne relève en rien de la violence scolaire. Un différend entre deux adolescents peut arriver n’importe quand, n’importe où et se terminer tragiquement par la faute d'un mauvais concours de circonstances. Combien de tragédies ainsi évitées « par chance » ? L’école, la rue ou un centre commercial, tout cela ne fait pas grande différence.

Mais les politiques n’ont pas le sens de l’honneur. Alors, ils se précipitent pour tout mélanger et nous servir une espèce de mixture indigeste. Des surveillants, des tuteurs, des médiateurs de réussite, la sanctuarisation de l’école, les portiques de sécurité, pas assez de personnel, la faute à la région, la faute aux suppressions de postes… Sont-ils réellement aussi bêtes qu’ils le revendiquent eux-mêmes pour tenir des discours aussi insensés ? pour évoquer des raisons aussi stupides ? pour tenter de « rebondir » sur ce drame pour en faire un « Ah ! Vous voyez que… ». ?

On est dans l’illusion sécuritaire quand on dégaine un discours et une analyse au lieu de baisser la tête pour se recueillir en silence et respecter la peine des gens. Je ne crois pas qu‘il existe des lois contre le dépit amoureux (dont j‘ai cru comprendre qu‘il était à l‘origine du drame). En revanche, on peut peut-être poser la question de savoir pourquoi les jeunes gens sont de plus en plus irascibles, susceptibles, agressifs, et parfois même si aisément paranoïaques et impulsifs. Le garçon qui sort un couteau dans une altercation de la sorte, disons-le, ressemble plus à Joe Ricci dans un film de maffieux new-yorkais qu’à ce que l’on attend d’un élève de terminale. Or, il faut dire que les élèves incontrôlables et caractériels sont de plus en plus nombreux. Tout le monde redoute leurs colères, de leurs camarades de classe… à leurs professeurs. Il est très fréquent de voir, autant au collège qu'au lycée, et y compris pendant les cours, des élèves prêts à se battre ou à hurler des insultes parce qu’un autre a dit un mot qui ne leur a pas plu ou même parce qu’il lui aura jeté un « mauvais regard ». Le traitement de ce genre d’incident (sanction insignifiante) entraîne les élèves à ne pas même tenter de se contrôler, je dirais même à ne surtout pas tenter de se contrôler. La première raison est que l’école pardonne toujours beaucoup plus facilement les faits commis sous l’emprise de la colère, et les élèves finissent par la cultiver en la laissant exploser d‘autant plus librement, voire en la démultipliant volontairement. La seconde raison est que ne pas freiner ses humeurs et ses impulsions violentes procure à l’égard de leurs auteurs un respect engendré par la peur, signe de force et de domination. Ce ne sont pas des délinquants, ce sont juste des enfants qui ne supportent plus que le monde ne soit pas tel qu’ils le souhaitent. Dans les films de bandits de Scorsese, tout le monde redoute Joe Ricci, car il est impulsif, incontrôlable, imprévisible.

26/02/2008

Augmenter la dose si le remède donne de mauvais résultats

Chaque semaine, on trouve dans les magazines (Nvel Obs, Point, Marianne, Express...) un papier, voire un dossier sur l'école, de la fac à la maternelle en passant par des résultats inquiétants ou la montée de la violence. Et chaque fois, on interroge les spécialistes, les experts, en général professeurs de sciences de l'éducation ou théoriciens du ministère. Mais on ne les interroge pas comme ce qu'ils sont, c'est-à-dire les vrais coupables, mais comme des justiciers. On ne leur demande pas: "Pourquoi, quand, comment et avec qui avez-vous fait ça ?", mais plutôt : "Que proposez-vous pour continuer aujurd'hui ?". Leur réponse est toujours la même : "Aller plus loin en augmentant la dose de réussite programmée et obligatoire, en donnant davantage la parole aux élèves, en allégeant les programmes, en exigeant moins de l'élève, en le poussant à exprimer plus fort sa nature innée". Leur demander les solutions, c'est comme confier la prévention anti-alcoolique aux syndicats de producteurs viticoles...